Erich et Sandra Betschart.

L’alpage dans les veines

Erich, Sandra, Romy et Alfons Betschart forment une équipe bien rodée. Voilà déjà plus de 40 ans qu’ils exploitent ensemble la Charetalp à environ 1878 mètres d’altitude dans le Muotathal (SZ). Là-haut, ils s’occupent de leurs 100 brebis laitières et 70 chèvres laitières, plus environ 1000 moutons destinés à la production de viande ainsi que quelques bovins d’autres exploitations agricoles. Aucune route ne mène à eux. Les humains et les animaux se déplacent à pied.

L’expression « devenir chèvre » ne sort pas de nulle part. « Si les chèvres n’ont pas leur place habituelle dans la chèvrerie parmi des congénères connues, elles deviennent impatientes et se disputent », explique Erich Betschart, éleveur de moutons et de chèvres. Avec ses animaux et sa famille, cet alpagiste passionné pratique la transhumance pendant six mois de l’année. Sa motivation pour cette vie itinérante exigeante est notamment le bien-être des animaux : « On voit qu’ils ont hâte d’aller à l’alpage. Ici, ils ont beaucoup de liberté, une nourriture riche en herbes fraîches et il fait moins chaud. »

La famille Betschart.

Une affaire familiale

Erich Betschart a 42 ans. C’est exactement le nombre d’années qu’il a passé à l’alpage : « J’ai participé à la saison d’alpage pour la première fois deux semaines après ma naissance avec mes parents Romy et Alfons. » Depuis 1985, la famille exploite la Charetalp dans le Muotathal (SZ) avec la femme d’Erich, Sandra, et leurs trois enfants, Alex, Andi et Ronny. Charet fait référence aux roches karstiques rugueuses qui caractérisent la région. Tous les membres de la famille sont habitués à la vie à l’alpage, même si les journées sont rudes. « Nous commençons à 4 h 30 du matin. Après une courte pause de midi, le travail reprend jusqu’à 19 h 30, heure à laquelle le souper est prévu. » Le frère de Sandra, ses parents et de nombreux amis donnent également un coup de main pour s’occuper des enfants dans la vallée pendant les heures d’école, pour effectuer des travaux dans l’exploitation de la vallée ou pour aider à l’inalpe et à la désalpe. Sans ces nombreux soutiens, il serait impossible de mener à bien l’ensemble du projet. En outre, pendant la saison d’alpage, un étudiant ou une étudiante d’Allemagne vient en généralement apporter son aide.

En randonnée

En hiver, Sandra et Erich exploitent la petite ferme familiale de 12 hectares à Fugglen, dans le Muotathal. Le terrain se trouve en zone de montagne 3 et est donc escarpé. Il est moins adapté aux animaux lourds comme les vaches, expliquent-ils. « C’est pour cette raison que nous élevons environ 100 brebis laitières et 70 chèvres laitières. » Avec les produits qu’ils fabriquent eux-mêmes à partir du lait de leurs chèvres et de leurs brebis, ils créent de la valeur en plus. Grâce à la vente directe, ils peuvent vivre de leur petite exploitation agricole sans revenu complémentaire fixe. Cependant, leur terrain ne suffit pas pour nourrir les animaux tout au long de l’année. C’est pourquoi ils se rendent d’abord à l’alpage de Bärensol en mai, puis à celui de Charetalp en été. L’alpage de Charetalp est si grand qu’ils peuvent y ajouter 1000 moutons destinés à la production de viande et quelques bovins d’autres exploitations agricoles. En automne, ils rentrent chez eux en repassant par l’alpage de Bärensol. La famille est donc en déplacement pendant six mois de l’année.

Moutons à l'alpage
Sandra et Eric Betschart monte à l'alpage.

Mieux que la salle de sport

Tant l’alpage de Bärensol que celui de Charetalp ne sont accessibles qu’à pied. Lors de la montée à l’alpage et de la désalpe, la famille se déplace donc à pied avec leurs animaux. « Le trajet prend deux jours au total. Pour le transport, deux chevaux et un poney nous aident. » Pour les transports plus importants, comme le combustible du générateur pour la traite ou le transport de retour du fromage, un hélicoptère est utilisé. Depuis la Charetalp, les Betschart doivent marcher environ 1 h 30 pour atteindre la gare alpine de Glattalp, qui leur permet de descendre dans la vallée. Sandra Betschart fait ce trajet au moins deux fois par semaine : « Le vendredi, je vais toujours au marché hebdomadaire d’Einsiedeln avec nos produits. » Quand les enfants sont à l’école, elle est avec eux dans la vallée. Le vendredi soir, tout le monde remonte à l’alpage jusqu’au dimanche.

Vie à l’alpage

Pour des alpagistes nés, comme les Betschart, « les quatre mois (six mois pour les Betschart) de vie à l’alpage sont le point culminant de l’année agricole ». Pour beaucoup d’autres, c’est un travail épuisant, sept jours sur sept, dans des conditions de privation. Certains étés, il pleut beaucoup. De plus, à cette altitude, il peut faire sensiblement plus frais, il peut même neiger. Tôt le matin, on commence à traire les brebis et les chèvres. Le lait est ensuite porté à ébullition et transformé en fromage, lequel est alors placé dans la cave à fromage, où il nécessite un travail quotidien. Chaque jour, il faut nettoyer les bâtiments et laver les ustensiles utilisés pour la traite et la fabrication du fromage. À cela s’ajoutent le soin des nombreux animaux ainsi que la clôture et l’entretien des pâturages répartis sur tout le haut plateau. En fin d’après-midi, la deuxième traite. En parallèle, il faut accueillir la clientèle de passage à l’alpage, préparer les repas, faire la vaisselle ou la lessive.

Moutons à l'alpage.
Production de fromage à partir du lait de brebis et de chèvres.

L’herbe se transforme en lait et en viande

Les moutons et les chèvres peuvent, comme les vaches ou les chevaux, utiliser l’énergie contenue dans l’herbe grâce à un système digestif spécial. Grâce à eux, les pâturages et les prairies omniprésents dans les régions de montagne et d’alpage peuvent être utilisés pour l’alimentation humaine sous forme de lait et de viande. La famille Betschart produit chaque année environ 2,5 tonnes de fromages de toutes sortes à partir du lait de ses brebis et de ses chèvres : fromage frais, fromage à pâte molle, mi-dure et dure. S’y ajoutent divers produits à base de viande de mouton et de chèvre. « Nous vendons tout au marché hebdomadaire d’Einsiedeln, au marché du fromage d’alpage de Muotathal, sur l’alpage même ainsi que dans le magasin de notre ferme dans la vallée. » Les laits de chèvre et de brebis ont une structure lipidique différente, ce qui permet à de nombreuses personnes qui ont du mal à métaboliser le lait de vache de les apprécier. Le lait de chèvre contient moins de matières grasses. C’est pourquoi on obtient deux fois moins de fromage avec la même quantité de lait qu’avec du lait de brebis.

Rentabilité

Le jeu en vaut-il la chandelle ? C’est la question que l’on peut se poser. Selon Erich, la réponse est oui et non : « Non, si l’on regarde le salaire horaire. Oui, si on ne compte pas les heures de travail. » Erich Betschart dit aussi qu’être agriculteur et alpagiste n’est pas seulement son métier, mais aussi son hobby. Et il faut adapter son mode de vie. La famille ne connaît pas les vacances à la mer et ces dernières ne lui manquent pas. Andi Bertschart, 11 ans, rétorque : « Si je veux me baigner, je peux le faire dans le torrent. » La prochaine génération d’alpagistes semble donc être dans les starting-blocks. Comme il n’y a pas assez de personnes qui se découvrent une passion pour l’alpagisme, l’économie alpestre en Suisse a du mal à trouver du personnel. Les maigres revenus ne permettent pas de payer de gros salaires horaires. Et le romantisme alpin s’évapore souvent rapidement dans la dure réalité du quotidien.

Carte des boissons à l'alpage de la famille Betschart.

L’Année internationale du pastoralisme et des pâturages

À l’occasion de l’Année internationale du pastoralisme et des pâturages, la famille Betschart raconte régulièrement sur les chaînes de Paysannes et paysans suisses son quotidien sur l’alpage de Bärensol et de Charetalp. Sur www.paysanssuisses.ch, vous trouverez leur magasin de ferme dans le Muotathal.


Autres informations intéressantes

Calendrier des saisons